LE STREETFIGHTER EXOTIQUE PAR EXCELLENCE :
APRILIA RSV TUONO
PREMIER ESSAI - par chaOs
Au mois de juin dernier, j'ai eu l'occasion de faire la connaissance d'une joyeuse bande de lurons : un groupe de propriétaires de motos Européennes de la Nouvelle-Angleterre qui se réunissent 2 fois l'an au Camp Meade (sorte de motel, ancienne base militaire Américaine de la guerre de Corée), situé aux abords de la route 89 dans le Vermont. Mon cousin Nelson fait partie de ce groupe depuis quelques années et m'a invité à prendre partie à leur randonnée. C'était une occasion rêvée de faire connaissance avec un très beau groupe de pilotes aguerris (et supposément matures, la moyenne d'âge se situant bien au-delà des 45 ans) et il voulait de plus me présenter à sa nouvelle flamme : sa Aprilia RSV Tuono 2003.
Ma CBR 929RR détonnait franchement dans ce groupe de motos exotiques, et étrangement, plusieurs gens sont venus voir ma moto pour me poser des questions... la meilleure preuve que "Nul n'est prophète en son pays". Pour ma part, j'ai pu me rincer l'oeil sur de magnifiques montures comme d'innombrables Triumphs (tous les modèles étaient présents), des Ducatis, une Moto Guzzi et 2 Aprilias RSV Mille dont une "R". De plus, une Buell Lightening est venu ajouter de l'action à ce paddock déjà bouillonnant lorsqu'un de ses supports moteur s'est brisé en grimpant dans les routes sinueuses (et à l'époque accidentées) qui montent la montagne de Jay Peak. Je dois reconnaître que malgré tout ce beau monde, je n'avais d'yeux que pour le superbe Streetfighter de mon cousin et j'anticipais le moment où il me proposerait d'échanger ma Honda pour son Aprilia.
Après un samedi bien rempli sur les magnifiques routes du nord est du Vermont et de l'ouest du New Hampshire peuplé d'émotions fortes et même d'un dépassement qui m'a valu la réprimande suivante faite par un pilote de Triumph Trophy auprès des organisateurs du groupe : "Can you tell Valentino Rossi here that we're not supposed to pass each other...". Bref, après cet avertissement venait d'un pilote dont la machine n'était pas adaptée au style de pilotage qui a prévalu toute la journée, mais tout est rapidement rentré dans l'ordre. À la fin d'une belle soirée bien arrosée autour d'un feu, je suis allé me coucher en rêvant au test que j'allais faire le lendemain.
Une fois que le cor militaire du Camp Meade fut sonné pour nous réveiller et le déjeuner englouti, il était temps d'enfourcher la belle Tuono et de voir de quoi elle était faite. Mon cousin m'a aussi avoué qu'il avait hâte d'essayer mon 929.
Sans plus tarder, je me suis assis sur la Tuono et j'ai tout de suite remarqué sa position de conduite confortable, droite mais tout de même agressive. On a l'impression d'être assis dans la moto plutôt que sur elle. Le tableau de bord est difficile à voir, étant enfoncé loin et creux derrière les fourches et nécessitait que je bouge sur la moto pour y voir les information.
Une fois le moteur en marche, on remarque le son caractéristique du V-Twin Rotax qui, même avec un échappement de série, produit un grognement à peine domestiqué et agréable à l'oreille. Tout de suite après être sorti du stationnement, j'ai remarqué que cette machine semblait aimer les wheelies, probablement du fait qu'il y a peu de poids sur la roue avant et que le moteur a une bande de puissance explosive (voir tableau de dynamomètre ci-inclus).
Sur route, la Tuono possède des qualités de routière sport indéniables. Ses freins Brembo sont d'une efficacité foudroyante et son châssis provenant directement de la RSV Mille (le superbike d'Aprilia) est très rigide. La géométrie du cadre fait en sorte que la direction est beaucoup plus précise que sur la Kawasaki Z1000 que j'avais essayé par le passé et qui se situe dans la même catégorie. Je n'ai toutefois pas pu apprécier à mon goût le comportement routier de la Tuono par ce que je n'ai pas pu ajuster la suspension qui était préparée pour mon cousin qui pèse près de 60 livres de moins que votre humble narrateur... Toute attaque agressive de ma part en courbe signifiait que la moto s'écrasait. J'ai toutefois pu apprécier la facilité avec laquelle elle s'inscrivait en courbe.
J'aimerais toutefois vous parler du moteur très caractéristique de cette moto : le bi-cylindre en "V" à 60 degrés de Rotax. J'ai remarqué des vibrations importantes un peu partout sur la plage de puissance. Comme le tableau de banc d'essai ci-bas le démontre bien, la puissance de la Tuono est loin d'être linéaire, et c'est son principal défaut. Il y a un énorme trou dans le couple entre 4000 et 6000 tours qui fait que la puissance du moteur est difficile à exploiter. Le fait qu'une soudaine et violente hausse de couple et de puissance se produise entre 6200 et 7000 tours avait tendance à soulever la roue avant fréquemment. C'est peut-être aussi ce qui explique le destin tragique qu'a subi cette moto quelques mois après mon essai. En effet, mon cousin a eu la malchance de démolir ce superbe engin quand il a fait un "high-side" en sortie de courbe. Il s'en est sorti avec une épaule disloquée, une cheville foulée et quelques égratignures, mais la Tuono est perte totale... Ne vous inquiétez pas, il va mieux maintenant.
En conclusion, la RSV Tuono vise le marché niche des Streetfighters sophistiqués et tire bien son épingle du jeu et offrant un stylisme avant-guardiste qui fait tourner les têtes (mais qui ne fait toutefois pas l'unanimité), des composantes de haute qualité et un caractère mordant bien à elle. Comme plusieurs Italiennes, elle a les défauts de ses qualités. Les amateurs du genre seront bien servis. Son exclusivité est encore plus grande du fait qu'elle n'est pas distribuée au Canada en 2004. Il s'agit d'une moto dont la courbe d'apprentissage n'est pas aussi prononcée que sur ma CBR qui peut être pilotée agressivement dès les premiers kilomètres. Le niveau de confiance que la Tuono inspire n'est pas à la portée de tous les pilotes et j'aurais eu besoin de beaucoup plus de temps de selle pour en apprécier toute la saveur. J'avoue aussi que j'aurais bien aimé l'emmener prendre une crème glacée au centre-ville pour une petite parade...
Je tiens à remercier mon cousin Nelson de son invitation et surtout pour m'avoir laissé essayer sa magnifique (et malheureusement défunte) Tuono. Si vous vous demandez quel était son commentaire après avoir essayé ma CBR 929, le voici : "I loved that bike and that engine is so powerful and smooth. I would instantly lose my license on a bike like that." Je n'ai jamais compris la pertinence de sa dernière phrase...
Vos commentaires et questions sont les bienvenus.
-chaOs
Note : le résultat du banc d'essai provient du site de la revue Sport Rider
www.sportrider.com